La nuit. La nuit est à moi. Pas le temps de dormir. Pas de temps pour dormir. Pas de temps à perdre. Allongée, les yeux clos, tout tourbillonne et explose en galaxies d'idées et d'actes à réaliser. Mon corps me hurle de me lever, mes paupières sont lourdes, mais à l’intérieur, ça bouillonne, ça vrombit. Il faut agir. Pas de temps à perdre à dormir. Dormir. Rêver, plutôt, je ne fais que ça. Au moins, éveillée, c’est moi qui choisit. Au moins, ce que je fais éveillée n'aura pas disparu dans quelques heures. Pas de temps perdu, pas de temps à perdre, pas d'idées perdues. Il faut tout noter, tout consigner, tout exprimer, vite, avant que cela n'aille pondre dans un coin des dégénérescences, des idées avortées, rampantes et fermentées... les sortir là, quand elles sont vives et brillantes, quand elles parlent et dansent. Vite. Pas de temps pour dormir. Prendre le temps, par contre, bien éveillée, dans la lumière, de les regarder défiler, et de les attraper, de les figurer, là, par lettres et pinceaux. Vite, vite, pas de temps à perdre. Contemplation, création. Prendre ce temps. Le corps attendra. La nuit est à moi. La nuit.